Kim GORDON / Bibliowicked

BIBLIOWICKED ! by Banshii : Kim Gordon, la fille du groupe.

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*Je précise que j’ai lu la traduction française, chose que la bonne linguiste que je suis ne fait pas souvent. Ce n’était pas un véritable choix de faire ainsi, c’est juste que je n’ai pas pu résister à l’appel de ce livre lorsque je l’ai vu sur l’étagère de ma librairie lyonnaise préférée. Ça faisait plus d’un an depuis sa sortie en fait  que je m’étais promise de le lire et rien que l’avoir finalement en face de moi, par pur hasard, (étant donné que je cherchais un autre ouvrage, dont je vous parlerai le mois prochain) il m’ait apparu comme un indéniable signe du destin !

Voilà pourquoi je n’ai pas pu attendre de lire la version originale. Pardonnée ?

***

Girl in a band, publié aux États-Unis en 2015 est l’autobiographie drôle, électrique et touchante de Kim Gordon, bassiste (et chanteuse) légendaire de Sonic Youth. Proclamée « the godmother of grunge », elle est une des figures les plus emblématiques du mouvement no-wave new-yorkais.

C’est une lecture que j’ai adoré – et que je conseille – pour plusieurs raisons: la première, naturellement, j’aime Kim Gordon de tout mon coeur depuis bien des années pour sa classe éternelle, son aplomb inébranlable, pour être l’emblème du cool (oui, je suis une groupie) et ensuite, car le livre est très bien écrit, très captivant dans tous les passages, des plus intimes au plus déscriptifs.

De son enfance passée en Californie, puis à Hawaï, puis encore à Hong Kong, Gordon raconte la relation compliquée avec son frère, qui a contribué à accentuer ou même à former certains des traits caractéristiques de sa personnalité.

Ce passage est l’un de mes préférés :

« …il se moquait de mes rires, se moquait de mes larmes ou, si je n’avais rien dit, de mon silence. Il savait toujours susciter une réaction chez moi, ce qui le poussait à le faire d’autant plus. Au bout d’un moment, j’ai tout bloqué …m’attendant aux moqueries ou aux taquineries, j’ai tout fait pour ne pas pleurer ou rire, ne montrer aucune émotion, quelle qu’elle soit. En ce qui me concernait, le plus grand défi de tous était de faire croire quej’avais une capacité surhumaine à supporter la douleur. Cela, ajouté à la pression qui pèse sur toute fille pour plaire, se montrer avenante, bien élevée et disciplinée, a fini par m’entraîner vers un monde où plus rien ne pouvait me faire souffrir ».

Gordon raconte son premier boulot avec sa meilleure amie Marge, des mois passés à assembler des cadres pour Larry Gagosian.

Dans la vie de Gordon, arts et musiques se mélangent parfois et suivent des routes parallèles. Son amour pour la création plastique , elle n’y renconcera jamais et au cours du livre nous la suivons au Santa Monica College, où elle entre en 1972, puis à la York University, à Toronto, où elle suit les cours d’un professeur affilié au mouvement Fluxus, qui l’inspirera ensuite dans sa création, dans l’importance que le processus a dans la définition de ce qu’est l’art. C’est à cette époque que Kim et quatre de ses  collègues d’université montent leur premier groupe: Below The Belt.

« …un vrai foutoir braillard. On dansait, on balançait nos tambourins par terre jusqu’à ce que tout s’effondre en une improvisation garage et bruitiste. La direction n’a pas tardé à couper l’électricité. (…)Des années plus tard, mon ami de longue date, l’artiste Mike Kelley – qui a toujours tiré un immense plaisir de l’inacceptable – m’a confié qu’il était dans le public ce soir-là et que, inspiré par notre performance, il est rentré chez lui et a formé un groupe de noise garage. Rétrospectivement, je me rends compte que ce groupe en question est devenu Destroy All Monsters, qui a fini par inclure d’anciens membres des Stooges. Avant que Mike m’en parle, je n’avais aucune idée du style musical de Below The Belt. Mais j’étais sûre d’une chose : j’aimais me produire sur scène. »

Je ne vous dévoile pas le reste du livre, mais le fil de l’histoire parcourt les Etats-Unis et le monde entier en long et en large, car Gordon ira évidemment vivre à New York , où elle rencontrera Thurston Moore, qui deviendra son copain dans la musique et dans la vie.

Ensemble, ils fonderont Sonic Youth en 1981 et tourneront partout jusqu’en 2011, année de séparation du groupe suite au divorce des Moore-Gordon. C’est justement par la fin que cette histoire commence, avec un flash sur le dernier concert de Sonic Youth.

« Avant de partir en Amérique du Sud, Sonic Youth avait fait une semaine de répétitions dans un studio à New York. Je m’en suis sortie je ne sais pas trop comment, avec l’aide d’un Xanax, que je prenais en journée pour la première fois. (…) Fidèles à l’esprit du groupe, on a tous agi comme si de rien n’était. Je savais que les autres étaient trop mal à l’aise pour interagir avec moi plus que de raison; après tout, ils étaient au courant des circonstances de notre rupture, et connaissaient même la femme en question. (…) En coulisses, comme d’habitude, personne ne s’est trop étendu sur le fait que c’était notre dernier concert, ni sur quoi que ce soit à vrai dire. Tous, nous habitions différentes villes et parties du pays. J’étais trop triste et inquiète à l’idée de fondre en larmes pour dire au revoir à quiconque, même si j’en avais envie. Et puis chacun est parti de son côté, et moi aussi j’ai pris l’avion pour rentrer. »

Girl in a band est un livre à lire absolument pour tous les passionné.es du rock alternatif, mais pas que, parce qu’il retrace l’histoire et les relations du monde de la mode, de l’art, du cinéma: Kurt Cobain, Courtney Love, Kathleen Hanna, Marc Jacobs, Spike Jonze, Gus Van Sant et beaucoup d’autres noms figurent dans le livre…

(Sonic Youth invite Kathleen Hanna dans sa vidéo Bull in the heather)

Je ne nie pas que, personnellement, j’apprécie de pouvoir accéder à ce regard particulier sur une scène musicale  qui me passionne, le regard d’une protagoniste qui n’efface pas, ni ne réduit la contribution des acteurs (hem, hem, surtout des acteurEs) à la constitution de cette même scène. Gordon, qui a construit une personalité très solide et respectée tout au long de sa carrière, décide enfin de donner toutes ses opinions à propos de l’industrie de la musique, de la scène comme elle l’a vécue, et de ce que cela signifie d’être la fille du groupe, avec ses avantages et ses inconvenients.

Artiste, musicienne dans plusieurs projets, designer de la marque X-Girl, comédienne occasionnelle (pour Gus Van Sant dans le poignant Three Days sur les derniers jours de Kurt Cobain), Gordon semble ne jamais épuiser son potentiel créatif et tout faire avec une classe imparable. C’est pour cela qu’on l’aime et qu’on l’admire.

Illustration : Francesca Romano

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