Repose en paix, Gata Cattana

« Je crois qu’on peut devenir immortel par le rap et laisser son héritage aux générations suivantes. » C’est ce que dit la rappeuse espagnole Gata Cattana dans une interview accordée au site espagnol Beatburguer en 2015. « Dans le rap comme partout dans la vie, c’est entre tes mains, c’est à toi de décider. Tu peux parler de bitches et de drogue, mais tu peux rapper aussi pour édifier des temples ».

Ana Isabel García (de son vrai nom) a profité du rap justement pour construire des temples dédiés à la poésie, à la musique, aux femmes et à la philosophie.  Selon l’annonce de son agence Taste The Floor, ce 2 mars 2017, Ana est morte subitement d’un problème cardiaque et plonge les adeptes de rap hispanophone dans le deuil.

En 2016, elle avait publié son premier recueil de poèmes en forme de livre « La Escala de Mohs ». Et ces derniers mois, elle était activement sur la préparation de son tout premier album.  Gata Cattana disparaît mais a laissé en très peu de temps un héritage riche ;  non seulement en termes d’art de manier la rime, mais aussi par la profondeur des sujets qu’elle abordait dans ses textes.

Des textes sous forme de hiphop ou poetry slam qui parlent des questions et des quêtes propres à l’humanité comme la liberté, l’amour, la condition de la femme – comme dans son morceau « Lisístrata » qui fait référence à Virginie Despentes, Nietzsche, l’histoire de la religion chrétienne ou encore Darwin et Freud – ainsi qu’à à la comédie grecque antique d’Aristophane.

Ancienne étudiante en Sciences Politiques,  grande amoureuse des poèmes de Pedro Salinas, Gata Cattana réconciliait dans ses textes la dualité du fort et du faible. Elle était en même temps une observatrice froide des circonstances de l’existence humaine et une poète engagée et chantant la vie.

Consciente de cet aspect éphémère, la poète avait écrit : « Je viens de la terre et j’y retournerai, plus reconnaissante. »

 

IMG via Beatburguer