Paye ton interview / Anaïs, créatrice du Tumblr Paye Ta Shnek

Anaïs Bourdet est de celles qui font mal à la tête aux machistes que l’on vomit ! Elle est la créatrice du Tumblr « Paye ta shneck » recueil web des pires punchlines grasses et indélicates de ces messieurs dans l’espace public.

Graphiste de métier, avec sa mise en page épurée, Anaïs a su proposer un espace où la dinguerie est affichée.  Depuis peu, elle s’attaque à un environnement qui n’est pas en reste en terme de saleté de propos : le travail. Ce lieu magique où tout est permis, bien souvent sous couvert de hiérarchie ou juste simplement  par crétinerie de domination du genre.

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Anaïs BOURDET / Graphiste et numeractiviste

Salut Anaïs, on est très heureuses que tu aies répondu présente pour notre blog. Et on a bien envie de développer le sujet avec toi, voire même de l’étendre encore. Et comme on colle à l’actu, on peut, peut-être commencer l’interview avec cette très bonne nouvelle : la reconnaissance du délit d’entrave numérique à l’ivg ! Tu nous en parles un peu ?

Salut ! Merci de m’inviter chez vous !
Effectivement c’est impressionnant d’avoir eu à en parler, encore en 2016, dans nos hémicycles, mais bon. Pour résumer « rapidement », les militants anti-IVG, face à la création du délit d’entrave, ne pouvaient plus empêcher les femmes qui ont besoin d’avorter d’entrer dans un centre compétent. Ils se sont donc rabattus sur internet, créant des sites à l’aspect officiel, neutres en apparence, équipés de numéro verts, et super bien référencés. La conséquence : quand on tape IVG ou avortement dans google pour se renseigner, on tombe sur leurs sites, on pense qu’ils sont bienveillants, on appelle le numéro pour avoir des conseils. Là on tombe sur une personne qui nous culpabilise à mort, prétend qu’on va devenir stérile, risquer un cancer de l’utérus, qu’on va traumatiser toute notre famille voire le village tout entier, qu’une IVG est un assassinat, bref on fait tout pour nous faire changer d’avis. Parfois cela va meme jusqu’au harcèlement par SMS ou mail. Cette proposition de loi les empêchera donc d’avancer masquer, il leur faudra afficher clairement leurs positions pour cesser de faire croire que leurs sites sont officiels. On doit savoir quand on les appelle, qu’on appelle des anti. On a le droit d’être anti-IVG, c’est la liberté d’opinion, mais on ne doit pas pour autant tromper, encore moins intoxiquer les décisions. Pour moi ça tombe sous le sens : le droit à l’IVG, comme le droit de manière générale, doit s’adapter à notre époque et intégrer les nouvelles problématiques liées au numérique. Mais bon, restons sur nos gardes, le projet de loi n’est pas encore acté, encore moins appliqué, ce n’est pas encore gagné.

 

Paye ton taf est lancé depuis peu, tu as reçu déjà des centaines (cf milliers) de témoignages, Paye ta Shnek est devenu un bouquin, tu penses suivre le même chemin ?

J’avoue que je n’y ai pas encore réfléchi, pour le moment je collecte tout ça sans avoir de plan en tête. C’est encore tout neuf, et ça donne déjà bien assez de travail 😉

 

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Tu auras compris que notre chemin de bataille est celui du manque de visibilité pour les femmes /artistes, djs, productrices, etc. On te rejoint d’ailleurs sur l’aspect totalement cruel du milieu et on aurait pas mal de posts à laisser sur Paye ton taf ; allez, on triche « Tu mixes bien pour une meuf » La phrase de chaque soirée ! Depuis le temps que tu lis les témoignages, tu dois avoir une encyclopédie de réponses pour hacher menu ? Que répondrait Anaïs Bourdet ?

Si ça m’arrivait je serais surement comme toujours sidérée et l’inspiration me viendrait bien trop tard. Mais là j’ai le temps d’y réfléchir, je propose donc un simple retour de boomerang : « Tu as l’oreille, pour un mec. » Avec un verre en plus ça peut se transformer en « Parce que tu mixes avec ta bite toi ? » mais c’est vulgaire, rhololoooo…

 

Notre deuxième bataille porte sur le langage. L’exemple type, c’est la féminisation du terme dj, qui se retrouve affublé d’un petite terminaison en -ette, pas très chouette et surtout à connotation très très péjorative. Mais, c’est vrai ça petites djs que nous sommes. Cette féminisation tant réclamée par certaine, on aurait plutôt tendance chez nous à l’abroger. De quel côté, tu te positionnes ?

Sur ce point je ne me positionne pas de façon arrêtée. Je suis pour que chaque personne puisse se qualifier comme elle l’entend. Djette ne me plait pas non plus, je trouve ça un brin infantilisant, mais si des femmes DJ l’assument je ne vais pas leur dire que c’est mal. Je préfère laisser le choix en fait… Après ça vient d’un terme anglais qui à la base n’est pas genré, donc je ne vois pas bien pourquoi le genrer… si j’étais DJ, je serais définitivement DJ et pas Djette. Comme je suis graphiste, et pas graphistette.

 

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Qu’est ce que j’écoute en ce moment ?

J’avoue, tout un tas de mecs qui ont des noms de femmes : la Femme, Wuman, Her, Girls in Hawaii … (comme quoi la féminité a le vent en poupe tant qu’elle n’est pas incarnée !) Mais moi aussi je veux aider à visibiliser des femmes, en tête j’ai Yasmine Hamdan dont je suis fan, La Yegros parce que je reviens d’Argentine et que la cumbia m’est restée imprimée dans la tête, Little Simz, et Leonie Pernet qui a fait la BO d’un webdoc sur lequel je bosse en tant que graphiste : Womanhood, un kaléidoscope égyptien.

 

 

Mille mercis Anaïs #mêmecombat

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